OPERATION EPERVIER : NOUS NE PRENDRONS PAS DES BOUGIES POUR DES LANTERNES.

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« Les populations du Centre voudraient qu’il n’y ait pas d’équivoque. Nous sommes liés au chef de l’Etat par le cœur et la raison. » (Dieudonné AMBASSA ZANG).

Les propos de Dieudonné AMBASSA ZANG, ex-ministre des Travaux Publics, député RDPC de la République du Cameroun, et désormais célèbre fugitif de la justice camerounaise parce que soupçonné de détournement de fonds publics, et passible d’une levée d’immunité parlementaire, sonnent le glas pour l’opération épervier qui fait autorité en matière de lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics au Cameroun.

Ces propos, faut-il le rappeler, ont été tenus par sieur AMBASSA ZANG, au sortir de la fameuse réunion des « élites du Centre », en soutien au président de la République, accusé lui aussi de « biens mal acquis », terme inconnu dans le droit camerounais.

Véritable déclaration d’amour qui se solde par une horrible trahison, peut-on dire ! Biya aurait-il perdu la tête ? Comment pense t-il s’en sortir donc, si les cadres du RDPC et par le même fait les dirigeants du pays, sont amenés à prendre les uns après les autres des chambres d’hotes dans les geôles de la république ?

L’histoire d’amour aura duré 27 ans. Vingt sept ans de gabegie, de corruption, de clientélisme, qui nous valent aujourd’hui ce « nettoyage éthique - ethnique».

L’opération épervier a frappé les cadres politiques et économiques du Centre plus que ceux des autres régions, et si l’on en croit sieur AMBASSA ZANG, ces cadres ne furent pas les seuls à avoir profité et spolié les biens de la nation. L’accusation est on ne peut plus claire. Aucune équivoque n’est possible. Ces propos n’étaient donc qu’une mise en garde à l’endroit du chef de l’Etat. Les « élites » du centre rappellent au chef de l’Etat que son destin est intimement lié au leur, d’abord par le cœur, parce qu’ils l’ont soutenu tout au long des 27 années de règne, et ensuite par la raison, car avec les fonds détournés, ils ont financé le parti et les campagnes électorales du RDPC, ils ont financé les campagnes présidentielles de Paul BIYA, ils ont offert  des cadeaux au Président de la république, de manière directe ou indirecte, il en est de même des premières dames. Ils ont fermé les yeux quand il a été question de prélever des sommes issues des ventes du pétrole pour le compte de Paul et Franck Biya. Ils se sont servis dans les caisses de l’Etat pour organiser les conférences mondaines de la première dame, ou pour payer pour les distinctions honorifiques de celle-ci. A leur manière, ils ont contribué au rayonnement du pays, pourra t-on dire. Ils ont fait de Biya, le Prince d’Etoudi.

Sinon, comment justifier l’origine honnête des fonds du RDPC, des dépenses insolentes des campagnes présidentielles, des fondations multiples de Chantal BIYA et des capitaux du fils Franck devenu un grand et riche homme d’affaires, et ces malles de billets que le Président trimbale avec lui, sans y voir la participation des hommes de mains que sont Engo Désiré, Abah Abah, Ondo Ndong, Moudiki  et les autres.

Aussi, nous demandons instamment de remettre « l’Epervier » dans sa « cage » pour diverses raisons.


I-             /  L’OPERATION EPERVIER EST UNE MENACE POUR LA PAIX SOCIALE

Présentée au départ comme une action d’assainissement des mœurs politiques et de lutte contre la corruption et la gabegie, l’opération EPERVIER est devenu au fils de son application un instrument de règlement de compte tribal qui va aller en s’amplifiant si l’on n’y prend pas garde. Le phénomène communautaire et tribal a longtemps été contenu par l’ancien président qui a voulu faire du Cameroun un état unitaire. De même, l’égalité de traitement des provinces a longtemps été au cœur des préoccupations des populations. Aujourd’hui, les différentes composantes commencent à se défier en coulisse, mais n’osent le dire ouvertement. Les groupements ethniques, jadis unis se disloquent et s’accusent mutuellement de profiteurs du régime. Il est de bon ton de voir une personnalité du Sud mise aux arrêts pour que l’on applaudisse et qu’on traite tous les Betis de voleurs et de « Tchop blok pot ». Des attitudes qu’on croyaient ensevelies refont surface. Seuls les hypocrites ne voudront reconnaître les tensions latentes entre les « anglo-bamilékés » comme ils aiment à se définir, qui réclament la passation  du pouvoir aux  suppôts  du régime que sont les Betis, et accessoirement les autres ethnies du centre, du sud et du littoral. Les Nordistes quant à eux attendraient patiemment que le pouvoir leur revienne, au nom du fameux axe NORD-SUD toujours d’actualité. Ainsi, chaque camp compte les victimes « éperviées » et « éperviables » de l’autre. Triste spectacle !

II-/ L’OPERATION EPERVIER EST ILLEGALE ET ANTI CONSTITUTIONNELLE

L a constitution reconnaît le droit de tous les camerounais à la présomption d’innocence. Toute personne mise en cause à quelque titre que ce soit, reste présumée innocente tant qu’un tribunal ne l’a pas encore jugé coupable et condamné. En outre, le pouvoir de rendre justice est dévolu aux juges et non aux ministres ou autres fonctionnaires de la république.

Nous sommes donc étonnés qu’un ministre, quel qu’il soit s’érige en justicier, pour ne pas dire Zorro, pour demander l’internement de tel ou tel personne, la levée de l’immunité parlementaire de tel ou tel député, au nom d’on ne sait quel principe de droit, alors que lui-même n’est pas un modèle de vertu et d’honorabilité, lui qui a reconnu avoir profité illégalement de biens publics et en dispose encore en toute impunité. Pour rappel, on a vu dernièrement des ministres démissionner de leur postes en Grande Bretagne, pour « de simples remboursements » de frais de missions n’atteignant même pas 1000 euros, alors que notre ministre Zorro de la justice, après avoir subtilisé des tracteurs réservés aux paysans camerounais et l’avoir reconnu officiellement et publiquement, fait la pluie et le beau temps de l’opération épervier. Aucune information judiciaire n’a à ce jour été engagée contre le Vice Premier Ministre, ministre de la justice, garde des sceaux, jusqu’à preuve du contraire. Pauvre Cameroun !

L’égalité de tous devant la loi n’existe pas lorsque, alors même que l’on bafoue toutes les règles de procédure judiciaire, on laisse Messieurs MENDO ZE Gervais et Nguini Effa Jean Baptiste, pour ne citer que ces deux là, épinglés tous deux par le Conseil de discipline budgétaire et financière (Cdbf) du Contrôle supérieur de l’Etat, au même titre que les anciens DG de la SIC et du Crédit Foncier, aujourd’hui incarcérés, sont eux laissés en liberté.

L’égalité de tous devant la loi est un leurre lorsque de simples soupçons de complicité de détournement de biens publics ont déclenché des enquêtes à l’encontre de ENGO Désiré,  Abah Abah Polycarpe, et biens d’autres commis de l’état, et que des soupçons avérés de détournement de biens publics à l’encontre du Paul BIYA n’ont donné lieu à aucune suite judiciaire au Cameroun. Dans le même temps,  ses complices ont déjà été sanctionné par la justice française pour les mêmes faits (cf. : Affaire ELF). L’ancien premier ministre INONI se trouve  toujours en liberté, et ses deux co-accusés jetés en prison, alors qu’ils sont tous trois impliqués au même titre dans cette affaire de l’albatros, et que l’on sait dire que les responsabilités sont partagées.

III   / L’OPERATION EPERVIER EST POLITIQUEMENT MALHONNETE

Depuis 2006 que les ailes de l’Epervier se sont véritablement déployées, l’on a vu successivement des hommes politiques de haut rang et des cadres dirigeants des plus grandes entreprises camerounaises jetés en prison au nom de l’opération mains propres. Mais paradoxalement, on peut constater que le président à pratiquement jeté ses collaborateurs dans les griffes de l’Epervier à chaque fois que ceux-ci lui faisaient de l’ombre politiquement ou bien qu’il s’est trouvé en délicatesse quant à sa capacité à diriger le pays, et mis en cause que ce soit par les camerounais, que par les instances internationales, ou encore à l’approche de consultations nationales. Ainsi, Paul Biya est passé maître de distraire le peuple comme cela se faisait du temps des romains où le peuple s’agglutinait autour de l’arène et le Roi jetait alors ses opposants ou détracteurs dans la fosse aux lions pour se faire dévorer par les fauves sous les applaudissements du peuple trompé, avec le sentiment de rendre justice ou de se faire justice.

Nous restons persuadés que la plupart des personnes accusées aujourd’hui de détournement de fonds publics et incarcérés l’ont fait en partie au profit du RDPC, pour financer les œuvres « caritatives »de Chantal BIYA, et les  entreprises de Franck BIYA, permettant à Paul de se maintenir au pouvoir. Ils ont tord aujourd’hui de garder le silence sur les largesses dont a profité le Prince d’Etoudi, car c’est cela aussi la complicité de détournement de fonds publics. Biya lui est sans état d’âme lorsqu’il lui faut lâcher ses amis d’hier.

IV/        L’OPERATION EPERVIER EST ECONOMIQUEMENT INEFFICACE

Après des années d’opération EPERVIER, rien n’a changé dans le comportement des dirigeants dans leur comportement vis-à-vis des biens publics. Les meilleures proies du carnassier se recrutent toujours dans l’entourage proche du Président de la République, et de surcroît, lui-même se trouve aujourd’hui en première ligne, épinglé publiquement pour détournement de bien publics. Dans le rapport du CCFD, il ya des accusations dont Paul Biya ne peut se défaire. Les millions versés à la secte française et qui lui sont remboursés par son ami gourou, la villa niçoise de Franck, ce sont là des faits établis et avérés.

Les tentatives de corruption de l’éphémère DG de CAMAIRCO, obligé de démissionner quelque mois après sa nomination devant les comportements suspects de ses interlocuteurs ministres ; les comportements douteux et répréhensibles des ministres dans les transactions financières, l’origine injustifiée des fonds des œuvres et associations de Chantal Biya, les prêts non justifiés auprès des institutions internationales opérés par l’Etat alors que la dette du Cameroun vient même d’être annulée, tout cela contribue à enlever toute crédibilité aux vols de l’Epervier. Cette chasse aux sorcières grève encore plus les caisses de l’Etat.

Quel aura été l’apport de l’EPERVIER à l’économie Camerounaise ? Les prétendus « détourneurs » de fonds n’ont pas remboursés les sommes indûment prélevées dans les caisses de l’Etat. Bien au contraire, ils continuent à vivre aux frais des contribuables durant leur séjour en prison. L’on a même appris qu’ils ont des bureaux à disposition à Kodengui et au SED, ils gèrent leur fortune tout en étant en prison. Ils accordent des audiences à leurs visiteurs et se font servir par leurs gardiens, pour ne pas dire « domestiques ». Ils sortent quand bon leur semble, du moment où ils peuvent verser quelques centimes aux gardiens.

De toutes les sommes querellées, qui se comptent en milliards de francs, combien avons-nous récupéré  dans les caisses du trésor public ? Alors, à quoi sert-il de continuer à engraisser des magistrats et autres « enquêteurs », eux-mêmes corrompus sans que nous puissions voir le bout du tunnel de ce fléau qui mine la société camerounaise ?

Le plus choquant est de constater aujourd’hui que ceux-là même qui ont soutenu ce régime, je citerai Milla Assouté, député RDPC en son temps, chef traditionnel de l’administration Biya ( la chefferie est une institution politico administrative camerounaise au même titre qu’un préfet), Ebene Albert Léopold, agent de renseignements à la solde du régime de Biya et Mebe Ngo’o, convaincu d’extorsion de fonds sur des journalistes françaises au Cameroun, et protégé de Andzé Tchoungui, lui-même ancien MINAT et homme de basses œuvres de Paul BIYA, et autres Mbida Louis Tobie, disciple de Edzoa Titus, ancien SG, ami et compagnon de route de Paul Biya, tous ayant contribué à l’édification du système Biya viennent nous jouer les « monsieur propre », les redresseurs de torts, ils se disent sauveurs du Cameroun. Ils feraient plutôt de bons candidats à l’élection présidentielle de la République de Mvo’omeka ! Le Cameroun n’en a cure.

Il ne nous suffit pas de critiquer, ce serait trop facile. Nous proposerons désormais des solutions à chacune de nos critiques. Nous inviterons d’ailleurs tous les contradicteurs du régime à en faire de même, si nous voulons aller de l’avant.

LA COMMISSION NATIONALE D’INVESTIGATION INDEPENDANTE ET LE JURY POPULAIRE

Le niveau de corruption et de fraude atteint au Cameroun est à combattre au même titre et avec les mêmes armes et la même force que les sociétés occidentales consacrent à la lutte contre la drogue. Rien aujourd’hui ne différencie le trafic des stupéfiants dans les pays occidentaux, du trafic d’influence, de la corruption et du détournement des biens publics au Cameroun. L’on peut même dire que la corruption a des effets plus graves dans notre pays que le trafic de drogue dans les pays occidentaux, ou la mafia en Italie. Toutes les couches de la population sont gangrenées, toutes les institutions de la république sont contaminées, sans parler des secteurs d’activités.

Les personnes à ce jour emprisonnées ne sont pas plus coupables que tous les autres qui sont en liberté, inquiétés ou non, et c’est là toute l’injustice. Ils sont pointés du doigt, accusés de tous les maux, d’avoir pillé le pays. Mais combien de camerounais peuvent dire aujourd’hui qu’ils n’ont jamais été corrompus, ou qu’ils n’ont jamais corrompu, ce véritable sport national ? La corruption arrange tout le monde au Cameroun. Elle arrange le fonctionnaire qui veut arrondir ses fins de mois, elle arrange l’homme d’affaire qui veut obtenir un marché, elle arrange l’étudiant qui veut obtenir un diplôme ou passer un concours, elle arrange le benskineur ou le chauffeur de taxi qui n’est pas en règle vis-à-vis de la loi. Que dire d’autre, elle arrange tout le monde.

C’est pour cela qu’il est nécessaire de créer une commission NATIONALE d’investigation indépendante  regroupant des représentants des partis politiques, du clergé et de la société civile, choisis dans et par les différentes couches sociales, et secteurs de l’économie qui sera chargée d’auditionner, enquêter et mettre en accusation toute personne soupçonnée de corruption et d’abus de bien sociaux. Elle établira en toute indépendance des audits des entreprises publiques et des grands corps de l’Etat et autres ministères, sans qu’ils aient à subir la tutelle de quelque pouvoir public que ce soit. Evidement, leur désignation devra répondre à des considérations d’honorabilité et de probité reconnues.

Enfin, il revient au peuple camerounais de juger en toute sérénité tous ceux et toutes celles qui auront été convaincu(e)s de détournement de fonds et de corruption, en leur offrant toutes les garanties de défense admises par la communauté internationale.

Les auditions et les procès devront être publiques, diffusés en direct à la télévision afin que le peuple tout entier en fasse une thérapie.

L’objectif primordial assigné à toutes les procédures doit être la récupération des fonds détournés et des biens spoliés, quitte à ce que compensation soit faite avec des années de prison, comme dans le cas des repentis de la mafia qui sont protégés, à partir du moment où ils collaborent avec la justice.

Voilà la solution que nous sommes prêts à défendre, et que nous estimons juste pour le devenir et l’intérêt de tous dans notre pays.

Et c’est avec vigueur et de toute notre force que nous condamnons les purges politiques opérées au Cameroun sous le couvert de l’opération épervier.

Laura Lee ATANGANA

Cercle des Patriotes Camerounais - CERPCA.

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