La lettre de Jean Bosco Talla à Sa Majesté Paul Biya, Roi du Cameroun

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Pour une fois, je me permets de vous faire une lettre que vous ne lirez probablement pas. Peut-être cela vaut-il mieux que vous ne la lisiez pas. Elle pourrait vous faire avoir les nerfs en boule. Peut-être un de vos conseillers officiels et officieux ou les services de renseignement vous feront une économie de son contenu, bien sûr en ménageant votre susceptibilité. Comme l’émotion est nègre, célébrons ensemble vos victoires épiques qui nous conduisent inexorablement dans l’abîme et qui ont fait de notre pays aux énormes potentialités, un Pays pauvre très endetté. Chantons ensemble avec Francis Bebey : nous vous aimons bien, nous vous aimons bien, quand vous êtes-là, nous sommes contents, nous vous aimons bien, nous vous aimons bien, quand vous partirez nous serons heureux.

Talla jean Bosco

Talla jean Bosco

Lettre à Sa Majesté Paul Biya, Roi du Cameroun

Pour une fois, je me permets de vous faire une lettre que vous ne lirez probablement pas. Peut-être cela vaut-il mieux que vous ne la lisiez pas. Elle pourrait vous faire avoir les nerfs en boule. Peut-être un de vos conseillers officiels et officieux ou les services de renseignement vous feront une économie de son contenu, bien sûr en ménageant votre susceptibilité. En tout cas, il vaut mieux que l’on vous fasse parvenir une note de synthèse. Si j’ai choisi ce procédé, c’est simplement parce que dans d’autres circonstances, après avoir été une des victimes du trafic d’influence qu’exercent, très souvent, certains proches collaborateurs de votre épouse sur certains ministres, dont notamment Jean-Stéphane Biatcha, secrétaire exécutif de Synergies africaines et Christophe Foé Ndi, intendant principal du Palais, je vous avais fait parvenir une correspondance qui est restée lettre morte. Aussi suis-je d’autant plus fondé à m’adresser à vous de cette manière que vous affirmiez, il y a quelques années, que la société nouvelle que vous ambitionnez de construire est celle au sein de laquelle aucun Camerounais n’a besoin, pour exprimer ses idées et opinions, de prendre la clé des champs.

J’avoue que dans le domaine de la liberté d’expression, même s’il reste énormément de choses à faire, vous nous laissez dire ce que nous pensons. Vous n’avez d’ailleurs pas de choix à partir du moment où vous avez choisi, peut-être à contrecoeur, la démocratie comme système politique. Et pour voiler les yeux des véritables détenteurs du pouvoir, vous vous présentez comme un démocrate. Nul doute, pour paraphraser votre conseiller spécial, Luc Sindjoun, que vous êtes conscient du fait que la promotion et la consolidation d’un régime de concurrence partisane et d’un État respectueux des droits humains sont des éléments de votre désacralisation, de votre démystification, puisqu’ils vous exposent à la critique, à la défaite et aux attaques diverses.

Il me souvient aussi que dans l’ouvrage Pour le libéralisme communautaire écrit par certains intellectuels camerounais et qui porte votre nom, il est mentionné: ” Tous ensemble nous devons chercher à bâtir une société saine, c’est-à-dire une société constituée d’hommes qui se plaisent dans la compagnie les uns des autres, au lieu de se percevoir plutôt comme des loups, les uns pour les autres ” et qu’il “ne saurait y avoir de développement véritable pour l’homme qui vit sous l’emprise de la peur et de l’ignorance “. Je sais que des courtisans, flagorneurs et autres bandits en col blanc qui peuplent votre galaxie atténuent très souvent les clameurs émises par les hères faméliques, les zombies que vos compatriotes sont devenus du fait de la mauvaise gouvernance et de la confiscation de notre patrimoine commun en vous faisant écouter une suave musique dictée par le souci de préserver leur place autour de la mangeoire. Il est pourtant bon que quelqu’un vous dise tout haut ce que des Camerounais (la majorité) pensent ou murmurent tout bas. Vous comprenez le sens de mon adresse.

Paul Barthelemy BIYA

Paul Barthelemy BIYA

Sa Majesté Paul Biya, Roi du Cameroun J’imagine déjà votre réaction et celles de vos partisans falots, quand vous vous rendrez compte que je persiste à dire que vous êtes un monarque et le Cameroun une monarchie élective. Sur ce sujet, votre position et celles de vos thuriféraires hypocrites sont déjà connues. Vous l’avez affirmée, sans convaincre les Camerounais, à France 24, le 30 octobre 2007. Je dis sans convaincre parce que vos faits et gestes au quotidien font de vous un monarque, même si vous avez fait de notre cher et beau pays une République bananière.

Ne vous fiez surtout pas aux motions de soutien, rédigées au comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), que l’on fait endosser par de nombreux caméléons, soi disant élites, membres des sections et sous sections du Rdpc et populations du Cameroun. Ne vous fiez pas aux déclarations publiques de certains de vos proches collaborateurs. Comme je le disais il n’y a pas longtemps, ils vous soutiennent le jour et complotent contre vous la nuit. Certains n’hésitent pas à dire que vous trainez, depuis une dizaine d’années, un cancer qui peut vous emporter à tout moment. C’est ce qui justifierait vos trop nombreux courts séjours privés en Europe. C’est aussi la raison pour laquelle vous ne voyagez plus sans votre épouse à vos côtés.

A plusieurs reprises, des scénarii ont été échafaudés dans l’optique de vous déposséder de votre trône. Car, disent ces comploteurs lugubres, vous êtes aussi atteint d’amnésie. Du fait de l’âge. Pour avoir affirmé qu’au cours de votre trop long règne vous avez pris des libertés avec notre patrimoine commun pour faire plaisir à certains amis et vous offrir quelques plaisirs terrestres, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (Ccfd- Terre solidaire) et les gratte-papiers de Germinal ont été abreuvés de la condescendance, c’est-à-dire du mépris de vos soi-disant partisans. Ils ont voulu stigmatiser une outrance. Ils sont devenus outranciers. A tort. Vos courtisans ne se sont pas rendu compte qu’ils se sont trompés de stratégie et d’époque.

Et depuis qu’ils ont voulu réfuter le contenu du rapport du Ccfd, les soupçons qui pèsent sur vous se sont répandus comme une trainée de poudre et ils sont devenus, pour la majorité des Camerounais ou de l’opinion nationale et internationale, une sorte d’évidence : vous avez pris des libertés avec l’argent de l’État. Les marches et les motions de soutien ne sont pas des preuves que vous ne vous êtes pas enrichi sur le dos de l’État. Les faits sont têtus. A travers les mobilisations, les motions de soutien, votre parti apporte une réponse politicienne et folklorique là où il faut apporter des preuves. Souffrez aussi, Majesté, que je commette une autre impertinence qui consiste à définir votre trop long règne après l’avoir nommé. Je ne vais plus me contenter de dénoncer votre méthode de gouvernement.

Je vais essayer d’en saisir le sens global. Permettez que je me pose la question suivante : qu’est-ce que le biyaïsme? Cette question, beaucoup de Camerounais se la posent. Source de curiosité au début de votre règne, le 06 novembre 1982, vos écarts de comportement vis-à-vis de la chose publique, vos silences qui parlent, votre attitude secrète cachent mal votre incapacité à incarner le pouvoir suprême, même si, à travers des subterfuges, le trucage des élections, la répression sauvage et barbare, des assassinats, vous (l’oligarchie gloutonne) avez réussi à passer 27 ans à Etoudi. Je n’irai pas jusqu’à dire que vous êtes un jouisseur impénitent ou que vous êtes un vacancier au pouvoir, mais vous conviendrez avec moi que le biyaïsme, dont les maîtres mots sont rigueur, moralisation et intégration nationale, stade suprême de l’unité nationale, est peut-être un vaste malentendu, une erreur originelle.

Il n’est pas exagéré de dire que beaucoup de Camerounais avaient pris des vessies crevées pour des lanternes. C’est dire si le biyaïsme est synonyme de gabegie, corruption, vol, détournement des deniers publics, assassinats, népotisme, tribalisme, braquage, bradage du patrimoine commun, inertie, etc. Remémorez-vous ce très bon discours prononcé, le 21 juillet 2006, devant les militants de votre parti réunis au palais des congrès en congrès extraordinaire. Vous y aviez aménagé un temps fort, sur un ton de confession qui dévoile le fond de votre âme et votre être profond. “Je n’ai pas changé “, aviez-vous dit.

Avant cette confession, les Camerounais avaient cru, à tort, que les épreuves vous avaient métamorphosé. Non, le jeu de la vérité auquel vous vous êtes adonné mécaniquement lors de vos campagnes électorales n’était que factice. D’ailleurs, change-t-on vraiment à plus de 70 ans ? Vos habits neufs ne durent que le temps d’une campagne électorale. Dès l’élection, votre nature profonde reprend le dessus. Chassez le naturel, il revient au galop. Et même l’opération dite “Épervier” que les Américains et les bailleurs de fonds vous ont contraint d’engager n’est qu’un trompe-l’oeil, un jeu de massacre politique. Nous savons tous que ce rapace diurne n’attrape que les poussins, jamais les mères-poules et les coqs. Je vous admire, mais je ne vous envie pas.

Comme l’émotion est nègre, célébrons ensemble vos victoires épiques qui nous conduisent inexorablement dans l’abîme et qui ont fait de notre pays aux énormes potentialités, un Pays pauvre très endetté. Chantons ensemble avec Francis Bebey : nous vous aimons bien, nous vous aimons bien, quand vous êtes-là, nous sommes contents, nous vous aimons bien, nous vous aimons bien, quand vous partirez nous serons heureux.

Très hautes et fraternelles considérations

Source:Germinal n°037, 15 juillet 2009

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