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Il a l’art d’apporter la joie et la sensation au public et aux officiels lors des Tours cyclistes se déroulant au Burkina Faso et dans plusieurs autres pays africains. Ce speaker hors pair et très modeste, c’est Soufiane Coulibaly dit Abbas, qui parle moins de ses œuvres, pourtant vivement saluées par de nombreux chefs d’Etat qui l’ont félicité à plusieurs reprises. Promoteur du Festival des arts et de la culture (FESTAC), qui draine chaque année un monde fou au théâtre de l’Amitié de Bobo, ce chauffeur de Tours (c’est-à-dire qui excite le public) ne manque pas d’imagination. Alors qu’il était de passage à Ouagadougou après la Boucle du coton qui a eu lieu du 12 au 24 mai 2009, nous avons échangé avec lui sur bien de sujets.

Soufiane Coulibaly, un animateur bien connu dans le milieu sportif et culturel. Qui est-il exactement ?

Comme vous venez de le dire, je m’appelle effectivement Soufiane Coulibaly. Après mon cursus scolaire, j’ai embrassé une carrière d’animateur radio. Ainsi, j’ai exercé d’abord sur Horizon Fm et ensuite sur Radio Bobo avant de me spécialiser dans l’animation des courses cyclistes. Ce qui me permet aujourd’hui d’être le speaker officiel de tous les grands Tours cyclistes d’Afrique francophone. Mais, en plus de cela, je suis le manager de la structure Ebony Production.

Ton cursus scolaire, où l’as-tu suivi ?

J’ai pratiquement tout fait à Bobo-Dioulasso : l’école primaire a Tounouma-Nord, le secondaire (1er cycle) entre le lycée municipal et le lycée Ouezzin Coulibaly avant de boucler mes années lycée au groupe scolaire Alwata de la seconde au bac. Et, comme la formation, c’est pour toute la vie, je suis des études de marketing actuellement.

Pourquoi es-tu parti de ces deux stations ?

J’ai d’abord quitté Horizon Fm pour rejoindre la radio nationale (radio Bobo) après un test de recrutement avant de démissionner de cette dernière pour mieux gérer mes différents contrats et surtout me consacrer entièrement à la gestion de ma boîte d’animation et d’événementielle (Ebony Production).

Y a-t-il un animateur de par le monde qui t’a poussé à faire au départ la radio ?

Assurément, et c’est feu Gilles Obringer, l’ancien grand animateur de RFI. Ce monsieur était l’essence même de la radio.

Comment es-tu venu dans l’animation des courses ?

Avant de faire vivre le micro pendant les courses cyclistes, je m’étais spécialisé dans les « road-show ». Et c’est pendant une de ces animations podium que monsieur Francis Ducreux m’a découvert et m’a proposé sur le champ d’aller animer le Tour du Mali. C’était en 2000.

. Depuis quelle année es-tu sur le Tour du Faso ?

Je suis le speaker du tour du Faso depuis 2000. Je suis aussi le speaker officiel du tour du Faso, du Tour du Cameroun, du Tour du Mali, de ceux du Bénin, du Togo, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de Madagascar, du Maroc, du Gabon…

Quel enseignement tires-tu de tes interventions sur les tours de cyclisme dans les autres pays ?

Ces différents voyages m’ont permis de découvrir d’autres manières de faire et de vivre ; de découvrir une Afrique riche à travers des hommes et des femmes fabuleux. C’est aussi l’occasion pour moi de donner du volume à mon carnet d’adresses sans oublier que le plus important, c’est d’apprendre beaucoup des autres.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Certainement le tour de Côte D’Ivoire, l’année dernière à Gagnoa, et la dernière étape de celui du Gabon à Libreville il y a deux ans. Micro en main, j’ai pu défendre avec bonheur l’expertise burkinabè ; et dans les deux cas, en présence des chefs d’Etat de ces deux pays (leurs Excellences El Hadj feu Omar Bongo Ondimba et Laurent Gbagbo). Et je pense que ces deux chefs d’Etat ont bien apprécié, puisqu’ils m’ont félicité à leur manière…

Est-ce à dire que tu as reçu des enveloppes de leur part ?

Je ne voudrais pas m’étaler longuement là-dessus, mais sachez simplement que le défunt président gabonais, je prie qu’il repose en paix, a dit aux organisateurs du Tour du Gabon de doubler mon cachet. Quant au président Gbagbo, il m’a fait remettre une enveloppe par une personnalité. Comme je vous le disais tantôt, je ne puis aller plus loin que ça.

Le Tour du Faso est un peu ta chasse gardée, et on sait que ton patron, c’est Francis Ducreux. Le cachet que tu reçois de lui est-il consistant ?

Ça dépend de ce que vous considérez comme un cachet consistant. Si c’est plus de 500 000 FCFA, je dirai que mon cachet est solide, mais si votre consistance commence au-delà du million, je dirai que mon cachet n’est pas terrible. Tout ce que je peux vous dire, c’est que le tour du Faso me donne moins de la moitié de ce que je gagne sur les autres Tours cyclistes sur le continent. Mais vous n’êtes pas sans savoir que je n’anime pas le tour du Tour du Faso pour des raisons pécuniaires : le Tour est une institution nationale, c’est donc un devoir et un plaisir pour moi d’ y assurer les commentaires. C’est quand même le plus grand événement sportif d’Afrique après la coupe d’Afrique des nations. Qui n’aimerait pas être à un tel rendez-vous comme animateur ?

Il y a aussi les nocturnes du Tour du Faso avec les sponsors qui saisissent l’occasion pour faire passer leur message. Soufiane se fait certainement plein les poches avant de rejoindre Bobo

Disons plutôt que les nocturnes du Tour sont d’excellentes séances de rattrapages pour mettre de l’ordre dans mes affaires.

C’est-à-dire ?

Je veux dire que pour moi, c’est une façon de gagner de l’argent.

Et tu t’en tires bien ?

Impeccablement.

Le Tour du Faso, c’est aussi la présence des hôtesses venues de partout. On raconte que Soufiane a de bonnes adresses dans ce milieu.

D’excellentes adresses de directeurs de sociétés, de chefs d’entreprises, de promoteurs, de directeurs sportifs, d’hôtesses …bref, rien que des contacts pour le boulot. Ceux qui connaissent le Tour du Faso savent que ma journée de travail commence à 6 heures du matin avec la présentation des équipes et se termine à 2 heures du matin avec les soirées musicales.

Es-tu marié ?

J’ai quitté le monde du célibat depuis longtemps et je suis père d’un petit garçon.

Qu’est-ce que tu aimes dans la vie ?

Les voyages et le sport. Mes différents contrats me permettent ainsi de joindre l’utile à l’agréable.

Quel est ton coureur préféré au Burkina ?

Je réponds sans hésiter Saïdou Rouamba. C’est certainement le coureur le plus complet de l’histoire de notre cyclisme : rouleur infatigable, puncheur inlassable, sprinter explosif et surtout avec une intelligence de course…unique, ce monsieur a gagné partout dans la sous-région.

Et ailleurs ?

C’est Eddy Merckx. C’est vrai qu’il a couru à une époque où je n’étais pas encore né ou trop jeune (années 60-70). Demandez à un gamin sa référence suprême dans le football, il vous dira Pelé ; au basket, il vous dira Jordan ou encore Fédérer pour le tennis. Eddy Merckx est plus que tout ça, il a gagné tout ce qu’il était humainement possible de gagner. C’est le seul coureur de l’histoire qui pouvait gagner une course le matin en Italie et prendre son avion pour en gagner une deuxième dans l’après- midi en France ; pour moi, c’est le plus grand sportif de tous les temps.

Le Tour de France a débuté le 5 juillet dernier. Penses-tu que Lance Armstrong peut encore dicter sa loi sur les routes françaises ?

Malgré trois ans d’arrêt, je crois que le Texan a encore les moyens physiques, techniques et surtout la science de la course nécessaires pour être avec les meilleurs sur ce tour de France ; mais je ne pense pas qu’il puisse le gagner. Mon favori reste son équipier l’Espagnol Alberto Contador. C’est le plus grand coureur du monde depuis deux ans. D’ailleurs, il est, avec les Français Anquetil et Hinault, le Belge Eddy Merckx et l’Italien Felice Gimondi, un des rares coureurs de l’histoire a avoir gagné les trois grands tours (tour de France, Tour d’Espagne et tour d’Italie). Retenez bien son nom, Alberto Contador, car il va gagné le Tour de France dans quelques jours.

Revenons à ta maison, Ebony production. A quoi répond la mise en place d’une telle structure ?

Mon job de speaker des tours cyclistes africains m’amène à voyager énormément, donc à voir beaucoup de choses avec les jeunes d’autres pays. Je me suis donc demandé comment partager tout ça avec les jeunes de mon pays, et quelques mois après, Ebony Production Burkina Faso était née pour apporter un autre regard, un souffle nouveau à l’univers du Show-biz burkinabè.

Comment fonctionne-t-elle depuis sa création ?

Sous la responsabilité d’un manager, à qui incombe la coordination générale, une équipe pluridisciplinaire dotée d’une compétence professionnelle irréprochable est chargée de l’animation de la structure dans ses différents secteurs d’activités. Et depuis plus de cinq (5) ans, nous sommes à la pointe de tout ce qui est animation événementielle et organisation d’événements culturels et artistiques ici au Burkina Faso, particulièrement à Bobo, et dans d’autres pays africains.

L’un des événements-phares organisés par Ebony reste le FESTAC ; comment est née l’idée de ce concours artistique réunissant les établissements scolaires ?

Le Festival des Arts et de la Culture (Festac) est né d’un constat, celui de la part de moins en moins grandissante des activités d’éveil dans l’enseignement secondaire au Burkina Faso. La plus évidente preuve d’une telle assertion est la non-tenue du Festival national des arts du secondaire et du supérieur (F.N.A.S.S.) depuis un certain nombre d’années. C’est pourquoi le concours de danse, de culture générale, de dramatisation de fait de société (Festac) a été institué.

La manifestation suscite beaucoup d’engouement tous les ans ; quel bilan fais-tu des différentes éditions ?

Il faut dire que, depuis sa création en 2004, le Festac connaît une certaine montée en puissance. Lors de la première édition, il ne couvrait que les lycées et collèges de la seule ville de Bobo-Dioulasso. Les spectacles se déroulaient dans une salle de deux cent cinquante (250) places, qu’on arrivait à peine à remplir. L’édition 2009, qui s’est déroulée, comme les dernières, au théâtre de l’Amitié fort de 2000 à 3000 places, a rassemblé les lycées et collèges de sept (7) villes du pays : Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Banfora, Ouahigouya, Koudougou, Gaoua et Dédougou ; ainsi, lors de la grande finale à Bobo, nous avons reçu quinze mille (15000) demandes de places pour seulement trois mille (3000) disponibles. On peut donc dire, aujourd’hui, que le Festac commence à être victime de son succès et de sa popularité.

Ebony arrive à mobiliser des sponsors autour de ses activités ; quel est son secret quand on sait que les partenaires ne se bousculent pas beaucoup dans le domaine culturel ?

Tous les promoteurs culturels de ce pays seront d’accord avec vous que le sponsoring, c’est l’éternel talon d’Achille du show-biz burkinabé. Et c’est d’autant plus vrai dans le domaine de la culture. Pour arriver ne serait-ce qu’à boucler son budget, il faut bénéficier d’un bon carnet d’adresses ou alors accepter de faire des sacrifices en organisant à perte, question de faire ses preuves pour attirer ensuite de probables partenaires financiers. En dehors de ça, il n’y a point de secret.

L’édition 2009 du FESTAC a bénéficié d’une subvention de la municipalité de Bobo ; peut-on considérer que c’est désormais un acquis ?

Tout à fait ! Le Festac a bénéficié d’une subvention de la municipalité de Bobo-Dioulasso, et le maire de la commune de cette ville, El Hadj Salia Sanou, nous a donné l’assurance que la commune de Bobo serait aux côtés d’Ebony Production pour les prochaines éditions.

Et quel est le montant de cette subvention ?

Un million (1000000) de francs CFA.

Un des problèmes de la manifestation, c’est qu’elle finit très tard ; avez-vous pensé à résorber définitivement cette insuffisance ?

C’est vrai que le Festac, c’est l’événement des jeunes, initié par des jeunes et pour les jeunes. Et dans ces conditions, terminer tard pose toujours problème surtout pour la sécurité du jeune public. Nous en avons conscience depuis 2 ans, voire 3. Mais comment faire quand on connaît le sempiternel problème de salles de spectacles à Bobo ? Par exemple, au théâtre de l’Amitié, il est impossible de commencer le show avant 18 heures, cela pour ne pas exposer les enfants au soleil. Mais avec le projet de construction de la nouvelle salle de spectacles pour le compte de la Semaine nationale de la culture, nous allons vite trouver la solution à ce problème. D’ailleurs, les travaux d’édification de cette salle, ultra moderne, ont déjà commencé au rond-point de Dafra.

Au cours de quelques éditions, des compétiteurs ont eu des malaises ; qu’est-ce qui est fait pour éviter de telles choses à l’avenir ?

A ce sujet, nous avons consulté pas mal de spécialistes, et leurs diagnostics sont les suivants : la tension, le stress liés à l’enjeu de l’événement, le manque d’exercices physiques des jeunes compétiteurs … De concert toujours avec des professionnels de la santé et certains chefs d’établissements, nous sommes en train de remédier à cette situation : nous avons ainsi décidé de mettre l’accent sur la prévention avec la présence, à chaque spectacle du Festac, d’une équipe médicale complète (ambulance, infirmier…) ; lors de la dernière finale, vous avez pu constater la présence d’une équipe médicale avec deux ambulances sur place au théâtre de l’Amitié de Bobo.

Il semble que tu ambitionnes d’organiser le FESTAC au Cameroun ; comment cela va-t-il se faire ?

Tout à fait, car notre ambition est de faire du Festac un évènement international. Et le Cameroun est l’un des tout premiers pays à accueillir cet évènement, que voulons panafricain, en attendant que, très prochainement, de déposer nos valises au Togo, au Gabon, au Bénin, au Mali…

Es-tu sûr de mobiliser assez de monde et de sponsors sur ce terrain très loin de ta base ?

Sur ce plan, zéro souci, puisque, pour cette édition du Festac au Cameroun, l’adhésion populaire a été tout simplement extraordinaire. Les jeunes de ce pays ont l’habitude de ce genre de concept. Pour les autres pays, je ne me fais pas de souci non plus, car l’expertise burkinabè s’exporte très bien.

Quels sont tes projets dans un proche avenir ?

Le Festac, c’est fini pour cette année, et nous avons d’ores et déjà sorti du frigo la nouvelle édition de « Couleur vacances », qui se tiendra le 26 juillet 2009 ; c’est un concours de danse et de masters inter-quartiers, que nous organisons depuis trois ans, pour le moment dans la seule ville de Bobo-Dioulasso. Nous sommes également en train de mettre en boîte « La Nuit de la musique burkinabè », qui aura lieu bientôt au Palais de la culture à Abidjan en Côte d’Ivoire.

Entretien réalisé par Cyr Payim Ouédraogo en collaboration avec Justin Daboné

L’Observateur ¨Paalga

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